06 89 64 15 39 - Parc Ducup - Allée des Chênes - 66000 PERPIGNAN centretheologique66@gmail.com

RETROUVEZ LES HOMÉLIES DU PÈRE JOSEPH MARTY

Messe en la Chapelle Saint-Jean-Paul II au Parc Ducup à Perpignan, le dimanche de 10h30 à 11h15
Dimanche 8 octobre 2017 - 27e dimanche ordinaire A – Mt 21, 33-43

Gérants et non propriétaires

C’est une parabole terrible et dramatique.
Elle parle du peuple de Dieu donc aussi de nous, de notre histoire.
Ici, la vigne confiée en gérance représente le don de Dieu. Vouloir en être propriétaire, quitte à massacrer, est une folie et une horreur !
Garder pour soi tout seul les richesses de la grâce est un vol.
Refuser d’accepter que les fruits du don de Dieu, de la vigne, sont offerts à toute l’humanité, conduit à la violence de la jalousie meurtrière.
Les pharisiens, les scribes, les grands prêtres ont bien senti que Jésus les visait, mais au lieu d’accueillir son appel à ouvrir le cœur, ils rejettent et tuent le fils,  pour s’approprier ce qui était donné en gérance !

Mais cela n’est pas que l’histoire d’Israël !

C’est aussi l’histoire de l’Église, de nos communautés, de chacun de nous et aussi des autres religions car Dieu est unique.
Ce que nous avons reçu de Dieu, nous devons bien le gérer pour en rendre à Dieu les fruits et aussi les partager. Rendre à Dieu les fruits, c’est la louange, la joie d’avoir reçu ce que nous ne méritions pas. Partager les fruits, c’est faire profiter les autres du don reçu gratuitement.

Nous sommes gérants et non propriétaires.

L’amour, le pardon, les responsabilités, la foi… Dieu nous les a confiés à travailler pour les partager et rendre grâces à Dieu. Et bien sûr aussi en nous intelligence, beauté, tendresse, paix, amitié… Tout cela nous est donné pour que tous en bénéficient. Les fruits du don de Dieu sont pour tous !
Dieu les donne pour que la joie de les recevoir, d’en jouir et de les voir grandir pour le plus grand nombre, ouvre notre cœur à l’action de grâces. L’Église est servante de la joie et du bonheur de l’humanité.

Régulièrement, l’Esprit nous réveille pour redevenir gérants, serviteurs.

Les conciles, les synodes, les projets missionnaires comme celui que notre évêque relance cette année, les appels de l’Église venus du concile Vatican II, sont ces moments de grâce où l’Esprit nous invite à vivre en courageux vignerons, en bons et honnêtes intendants.

C’est cela que nous célébrons à la messe où nous recevons le don de Dieu, fruit de la vigne et du travail des hommes, dit le prêtre à l’offertoire. Dieu nous donne sa vigne à travailler pour entrer dans la joie des vendanges réussies et goûter avec d’autres les fruits de ses dons.

Voici le vin, sang du Christ, « sang de l’alliance nouvelle et éternelle versé pour vous et pour la multitude » !

La joie de la mission, c’est lever le verre du vin nouveau, la coupe de l’alliance que Dieu offre pour réjouir le cœur de l’homme, dit le Psaume 104e, de tous les hommes.

Dimanche 24 sept 2017 – 25e dimanche ordinaire A - Mt 20, 1-16 et Is 55, 6-9

Dieu appelle à toute heure !  

Jésus nous donne une parabole et non des règles de justice sociale. Il ne parle pas du juste salaire mais de l’appel et du don de Dieu.

Car Dieu nous cherche. Les premiers mots qu’il adresse à Adam c’est : « où es-tu ? » Et il appelle tous les hommes, même ceux qui n’attendent rien ou n’espèrent plus et souvent à une heure imprévue et tardive. Dieu nous déconcerte et il l’affirme par le prophète Isaïe dans la première lecture : « Mes pensées ne sont pas vos pensées. »

Pourquoi Dieu préfère-t-il les offrandes d’Abel à celles de Caïn ? Pourquoi Jacob qui se fait passer pour son aîné Ésaü est-il quand même choisi ? Pourquoi David, le dernier né de Jessé, est-il élu pour être roi ? Pourquoi Joseph et Salomon et pas leurs frères ? Isaïe le dit encore : « Dieu est riche en pardon » et saint Paul dira aux Corinthiens : « Ce qu’il y a de plus fou dans le monde Dieu l’a choisi pour confondre les sages. » Pourquoi ?

Parce que personne ne peut faire valoir des titres ou des mérites, pour justifier le don de Dieu. Dieu ne nous aime pas parce que nous sommes bons… mais nous sommes bons, rendus bons, parce que Dieu nous aime.

Son don est premier et son pardon nous rend justes. L’amour qu’il donne est identique pour tous. Il donne à tous la même somme d’argent, c’est-à-dire le même amour.

L’amour n’est pas un salaire qui dépend de notre travail ou de notre ancienneté. Que Dieu donne à tous pareil réveille notre jalousie car nous pensons que l’amour se mérite. Non ! Il est gratuit, grâce.

La jalousie de Caïn ou du frère de l’enfant prodigue interroge notre propre jalousie pour la convertir, l’apaiser et la transfigurer en joie. Car ce que Dieu donne à l’un est donné à tous qu’ils soient premiers ou derniers. Le jaloux s’imagine que ce qui est donné à un autre lui est enlevé, volé ! Mais le même amour est donné à tous, différemment. « Dieu fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber la pluie sur les justes et les injustes » dit Jésus (Mt 5, 45). Et Jésus aime autant Matthieu le publicain collaborateur que Pierre qui le reniera et en pleurera.

Dieu n’est pas juste à notre manière. Son amour est injustifiable. Il est miséricorde. Sa justice n’est pas justicière mais elle nous rend juste, ajusté à son amour qui se donne, même à l’heure de la mort comme pour le larron.

Cela doit nous réjouir pour tous ceux que nous croyons loin de Dieu et pour nous-mêmes à certains jours.

Dieu nous cherche sans cesse, il appelle à toute heure et donne à tous le même amour, le même pour les premiers et les derniers. C’est une joyeuse nouvelle.

Dimanche 10 septembre 2017 - 23e dim. ordinaire A - Mt 18, 15-20 et Ézéchiel 33, 7-9

« Quand deux ou trois sont réunis en mon je suis là au milieu d’eux »

La première lecture nous a dit que Dieu fait du prophète Ézéchiel un guetteur. Le prophète, celui qui parle au nom de Dieu est une sentinelle ! Car Dieu nous parle par les autres, rarement en direct ! L’autre, le frère, est ainsi chargé de veiller sur notre fidélité, de nous alerter à l’approche de l’ennemi qui est ici le menteur, l’adversaire, Satan. C’est aussi le rôle de l’évêque, l’épiscope qui en grec signifie le gardien, veilleur de la foi et de la charité. Il ne peut être un lâche qui se tait par peur. Il est un guetteur qui doit, par amour, nous écarter du malheur, de la perte.

Aussi Jésus dit : « Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul et montre-lui sa faute. » Il est plus facile d’en parler à d’autres en son absence que d’aller le trouver seul à seul. C’est le terrible commérage ! Jésus ne demande pas d’épier avec soupçon ou hypocrisie mais de vivre la charité entre croyants réunis pour l’écouter présent par sa Parole. Même si le groupe est réduit à deux ou trois, comme en famille ou entre amis. La Parole de Jésus qui nous rend frères nous conduit en voyant un frère qui s’égare, à lui parler. Lui parler pour lui « montrer sa faute » que, tout seul il ne voit pas. Parler à un frère, c’est l’aimer, le rencontrer, l’écouter et dialoguer seul à seul, ou à deux, ou avec la communauté pour qu’il retrouve l’écoute de la Parole de Dieu.

Le Seigneur faisait d’Ézéchiel, un guetteur, Jésus demande à l’Église d’être aussi guetteur. Il s’agit de relier les membres de la communauté que la faiblesse pourrait détourner de la présence du Ressuscité.

Personne n’est à l’abri d’une défaillance. Chacun de nous, un jour ou l’autre peut y tomber et nous savons que les prêtres n’y échappent pas ! Mais il faut entendre le mot gagner que prononce Jésus. « Tu auras gagné ton frère ! » Gagner est le contraire de perdre : « tu auras retrouvé ton frère perdu. » Le père de l’enfant prodigue s’écrie « il était perdu ; il est retrouvé ». Et Jésus précise « Je suis venu sauver ce qui était perdu ». Et perdre un proche signifie aussi qu’il est mort ! Gagner un frère c’est le rendre vivant !

Jésus fait de son Église une fraternité, mais il ne rêve pas ! Il savait qu’on y vivrait les mêmes misères qu’il a rencontrées, trahison, reniement, peur, lâcheté… L’Église est une communauté de pécheurs, sans cesse pardonnés mais toujours fragiles. Toujours à pardonner et à se faire pardonner comme au début de chaque messe et avant de communier.

C’est pourquoi, en dernier ressort, il faut considérer le frère égaré comme un païen et un publicain, c’est-à-dire comme ceux que Jésus préfère car ils se laissent toucher par son pardon. Et Jésus qui vit dans la communauté lui confie son pardon.

Écoutons Jésus : « quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » Cela doit nous réjouir ! Présence délicate de Jésus qui nous accompagne jour et nuit : « je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Dimanche 25 juin 2017 - 12e dimanche A – Mt 10, 26-33

« Ne craignez pas ! »

À trois reprises Jésus demande à ses amis de ne pas avoir peur !

« Ne craignez pas les hommes

Ne craignez pas ceux qui tuent le corps.

Soyez sans crainte. »

Jésus insiste car il envoie ses disciples en mission et il sait qu’annoncer sa Bonne nouvelle, proclamer la liberté, la justice et la vérité, poser des actes d’amour n’est jamais facile. Et surtout, malheureusement, cela peut provoquer des rejets, de la haine, de la persécution.

La première lecture l’a évoqué pour le prophète Jérémie pourchassé et condamné. Pierre et Paul que nous fêterons jeudi, comme les apôtres et tant d’autres ont été martyrisés. Et aujourd’hui encore de nombreux chrétiens, spécialement en Orient, sont violemment persécutés.

La parole de Jésus « Ne craignez pas » est toujours d’actualité. Le pape Jean-Paul II l’a rendue célèbre avec les mots de Jésus « N’ayez pas peur ! »

Ce qui libère de la peur c’est la certitude que Dieu est amour et que son amour ne fait jamais défaut, qu’il est semence de vie et fait traverser les épreuves et la mort. Il offre la résurrection, mais il ne nous empêche pas de souffrir et de mourir. Et c’est souvent cela qui vient ébranler notre foi. Nous aimerions tellement que Dieu supprime les maladies, les accidents, la mort !

La violence et le mal sont dans la nature et la vie animale. Aussi Dieu nous demande de dominer la nature et les animaux pour maîtriser les forces de destruction. Mais l’être humain peut devenir une bête féroce pour ses semblables, parfois plus cruel qu’un animal.

Jésus le sait, alors il insiste : Ne craignez pas. N’ayez pas peur. Même dans la mort le Père du ciel ne vous abandonne pas. Il s’agit alors de rester fidèle à l’amour que Dieu a pour nous, pour chaque être humain, et que nous devons offrir à notre tour. Ne jamais répondre à la violence par la violence, surtout pas pour annoncer l’Evangile ou la morale à laquelle nous tenons. Jésus laisse toujours libre : « Si tu veux, suis-moi… Si tu veux… »

Avec Jésus, ne pas craindre et rester libre et sans haine, c’est croire à la résurrection. Et donc s’engager dans des paroles et des actes qui font grandir l’amour, la justice, la fraternité, la paix. C’est votre idéal et votre projet amis de la Confrérie des Anysetiers. D’autres le font aussi dans différentes associations humanitaires. Vous, à la suite de saint Serge et depuis saint Louis vous le faites au nom de votre foi en la résurection qui vous donne de ne pas craindre les forces du mal que vous combattez avec l’amour. Parce que Dieu nous aime et aime toute l’humanité, n’ayons pas peur, Jésus nous dit avec humour que nous valons bien plus que tous les moineaux. Même nos cheveux sont tous comptés !

Dimanche 18 juin 2017 - Sacrement du Corps et du Sang du Christ - Jn 6, 51-58

Le Verbe fait chair est pain de vie

Jésus nous dit avec insistance que pour vivre d’une vie qui traverse la mort il faut manger sa chair et boire son sang.

Dans la Bible, la chair c’est la personne vivante. Certes, la chair est capable de péché mais elle l’est aussi de joie et d’amour. Devant Ève, Adam s’écrie : « celle-ci est l’os de mes os et la chair de ma chair ». Et Dieu annonce par Ézéchiel : « j’enleverai votre cœur de pierre et vous donnerai un cœur de chair », un cœur vivant parce qu’il aime.

Jésus accomplit cette annonce en nous donnant sa chair en nourriture. C’est une allusion évidente au pain de l’eucharistie mais saint Jean n’utilise pas le mot Corps, comme Matthieu, Marc ou Luc qui font dire à Jésus à la Cène : « prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous. »

En saint Jean qui ne raconte pas la Cène, Jésus dit : « qui mange ma chair a la vie éternelle ».

C’est un petit clin d’œil comme les aime saint Jean qui commence son Évangile en affirmant : « le Verbe s’est fait chair ». Merveilleuse proclamation de l’Incarnation. Le Verbe, Parole de Dieu, s’est fait chair, et il nous faut le manger pour vivre. Sa chair est source de vie humaine et divine.

Le chrétien se nourrit donc de l’Incarnation, de Dieu qui a épousé l’humanité pour la diviniser car Dieu aime notre chair, notre vie, notre histoire avec ses joies et ses drames au point de les sauver.

Car c’est le Verbe, la Parole de Dieu qui s’est fait chair pour rendre la chair parlante, aimante, humaine et en marche vers la divinité. Si la chair n’est pas vibrante de parole d’amour et d’intelligence, elle n’est que de la viande animale livrée à la bestialité et à l’abattoir.

L’incarnation du Verbe nous rappelle que le don de Dieu transfigure toute chair, de la conception au dernier souffle, pour la rendre humaine et l’appeler à la résurrection. « Je crois à la résurrection de la chair » proclamons-nous dans le Credo.

Le Pain que nous donne Jésus c’est sa chair divine habitée de sa divine Parole. C’est l’eucharistie où nous nous alimentons aux deux tables inséparables : la table de la Parole – l’ambon – et la table du Pain – l’autel –  qui dressent tous deux pour nous le mystère de la croix.

La Parole devient charnelle et le Pain, chair parlante, tous deux offerts en nourriture pour guérir nos cœurs et nos corps blessés et ceux de nos frères.

Nous devenons ce que nous mangeons : le Corps du Christ, mort et ressuscité par amour, Parole de Dieu faite chair.

Dimanche 4 juin 2017 - Pentecôte - Actes 2, 1-11 et Jn 20, 19-23

L’Esprit Saint, Souffle de la paix de Dieu  

Quand la peur nous tenaille, nous nous enfermons pour nous protéger. Et à trop nous calfeutrer nous risquons de nous étouffer !

C’est ce que font les apôtres après la mort de Jésus. Ils « ont verrouillé les portes de leur maison car ils avaient peur ». Et c’est le soir, l’heure où la nuit fait broyer du noir et venir le cafard ! Alors Jésus Ressuscité vient, il souffle sur eux et leur donne la paix. C’est le soir de Pâques.

Il donne son souffle de vie et il leur dit que c’est l’Esprit Saint. Sa respiration de vivant apaise et rassure. Comme Adam recevant le souffle de la bouche du créateur, les apôtres naissent à une vie nouvelle qui les sauve de l’angoisse et de la culpabilité.

Ils sont pardonnés et Jésus leur donne aussi de pouvoir pardonner. Car le souffle de Dieu, qui est l’Esprit Saint, pardonne. Il donne de vivre en paix avec soi-même, avec les autres, avec Dieu. C’est naître à la joie.

C’est la merveille qui réjouit la foule venue à Jérusalem pour la Pentecôte juive que décrit st Luc dans les Actes des Apôtres. Mais là, c’est un souffle violent, une bourrasque bruyante qui dépasse les murs de la maison et surprend la foule de toute langue.

Ce grand vent est un feu qui devient des langues car le Souffle de Dieu est une Parole de vie et d’amour qui veut se faire entendre dans toutes les langues. Toute l’humanité est concernée et non plus seulement le peuple juif qui à Pentecôte fêtait le don par Dieu à Moïse des Dix Commandements,  des Dix Paroles.

Le Souffle brûlant d’amour divin est désormais offert à tout le monde. Il est à la fois :

– Souffle paisible de proximité affectueuse et de pardon dans le geste de Jésus réconfortant ses amis.

– Et aussi, souffle dynamique qui les fait parler avec flamme pour que toutes les langues entendent la Parole de vie et de paix.
Le Souffle de Pentecôte, l’Esprit Saint, donne à toutes les langues parlées de pouvoir entendre le don de la paix de Dieu et de pouvoir s’entendre pour bâtir la paix. C’est ce que vous faites, Scouts et Guides de France par votre engagement, votre promesse et vos actions. C’est la mission.

Et l’Esprit souffle où il veut, et bien sûr hors de l’Église ! Car il est libre l’Esprit de Dieu !

Ce souffle fait du bien : il arrache à la peur, fortifie le cœur et ouvre l’avenir. Pour chacun de nous et pour tous les groupes, toutes les familles, cultures et langues. Il renouvelle la face de la terre. Comme le demande le vieux poème du Veni Sancte Spiritus (Viens Esprit Saint) lu avant l’Évangile :

« Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé. Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.  Donne la joie éternelle. »

Dimanche 7 mai 2017 - 4e dim. de Pâques (A) – Jn 10, 1-10

Joseph Marty 

Jésus est la porte de la vie

« Je suis la porte » nous dit Jésus. C’est simple et dense !

Une porte est un lieu d’accueil et d’au revoir où se font les interminables conversations et les grandes confidences. Elle est un lieu de parole car elle est surtout un visage et un nom, ceux de la personne qui vous ouvre les bras pour entrer et accompagne votre départ d’un dernier baiser.

Bien sûr, il y a des portes de prisons ou des portes d’où l’on est jetés…

Mais la porte est une protection et un lieu de passage, elle peut s’ouvrir et se fermer, un lieu où le cœur se change face à celui qui nous invite à parler et qui nous écoute.

Aussi Jésus nous dit qu’il est la porte de la bergerie, et non un mur.

Il accueille et fait passer dans sa vie, la vie qu’il reçoit de son Père et qu’il offre à tous ceux qui passent par ce seuil. Il est la porte du Père et donc la porte de la vie et de la joie. On rencontre Dieu en passant par lui comme nous le disons en concluant nos prières : « par lui, avec lui et en lui… »

Et ce passage nous sauve. On peut aller et venir en toute liberté ! Et c’est cela la Pâque. Pâque veut dire passage, passage vers la liberté et la vie en Dieu. Jésus est la porte qui ouvre tout notre être pour que la vie nous traverse.

Passer par lui, c’est naître, vivre, pour de vrai. Et donc être aimé et aimer.

C’est être délié de ce qui nous perd et nous emprisonne. Nous sommes sauvés car cette porte est un lieu de parole, même silencieuse.

Jésus nous appelle chacun par notre nom.

Etre appelé, être nommé par une bouche aimante, c’est entrer dans une vivante relation qui arrache à l’enfer de la solitude et de l’absurde.

C’est d’abord cela la vocation : être appelé et accepter d’entendre l’appel.

Abraham, Marie, Pierre, Paul, Zachée, Marie Madeleine, ont entendu leur nom. Et nous aussi… Nos parents depuis notre naissance et l’Église à notre baptême nous adressent notre prénom qui nous désigne comme unique et avec lequel nous signons !

Alors nous pouvons appeler d’autres, leur faire découvrir qu’ils sont aussi appelés… et nous serons missionnaires.

Religieuses, religieux, diacres, prêtres ont répondu à une forme d’appel. Mais chacun doit entendre sa vocation, son appel, qui vient de Jésus, par la parole d’un frère.

Cet appel nous accompagne et nous tient à chaque heure de la vie, même dans les larmes et à l’heure de la mort, pour aller dans le cœur du Père en rencontrant nos frères.

C’est être appelé à recevoir la vie et à la donner. C’est faire la Pâque, le passage vers la vie de Dieu et la joie de vivre en frères.

Dimanche des Rameaux et de la Passion -A- Mt 26, 14-16

Joseph MARTY – Dimanche 9 avril 2017

La croix, signature d’amour divin

Le rideau se déchire, la terre tremble, les tombeaux s’ouvrent. Tout s’ouvre au don du souffle de Jésus. Ce bouleversement est une naissance. Pâque Nouvelle pour un chemin de vie.

Au baptême et à la Transfiguration de Jésus, le ciel s’était déchiré pour laisser entendre la voix du Père : « Celui-ci est mon Fils, écoutez-le. » Écoutons-le !

Au Golgotha, la terre se déchire avec le corps de Jésus qui livre son amour.

Jésus pousse un grand cri. Il hurle tous les hurlements du monde et de l’histoire pour les donner à son Père, sans haine, et les transfigurer en paix.

Sur la croix s’affichent tous les malheurs, les violences et les agonies qui nous défigurent et détruisent nos frères.

Mais dans l’abandon à son Père, Jésus fait de la croix le porte-voix de la Parole de Dieu, glaive tranchant qui ouvre tous les enfers. Car Jésus ouvre son cœur, ses mains et ses bras pour que tout notre être et le monde s’ouvrent à Dieu et vivent.

Par ses plaies, Jésus donne sa vie dans le pardon.

La croix est sa lettre d’amour écrite avec son sang, sa signature, son engagement pour la vie.

C’est sa Passion d’amour pour chacun de nous et pour la multitude.

Alors, l’arbre mort est traversé d’une sève nouvelle dont ces rameaux verts d’espérance sont le signe.

Accrochés sur les croix dans nos maisons ils nous rappellent le don de la vie de Dieu.

Don du Souffle vivant du Ressuscité.

Dimanche 26 mars 2017 - 4e dimanche de Carême - A - Jn 9, 1-41

Père Joseph Marty

Croire est une lumière

Jésus, en passant, voit, l’aveugle qui ne demande rien. Mais Jésus précise aux apôtres que la maladie ou l’infirmité ne sont pas une punition ! Il nous faut bien l’entendre. Dieu ne punit pas. Jésus sauve.

Il sauve les aveugles que nous sommes en révélant notre nuit et en offrant la lumière de sa Parole. Avec sa salive il fait de la boue qu’il met sur les yeux de l’aveugle. De sa bouche qui parle, il tire, le suc, la sève qui font la glaise nouvelle comme celle dont est tiré le premier Adam. Dans les mains de Jésus, la boue qui pourrait obscurcir la vue devient matière de création nouvelle. Elle fait la lumière et guérit celui qui croit.

Car l’aveugle croit. Il croit en la parole de Jésus et va se laver. C’est en revenant qu’il voit et proclame sa foi qui était silencieuse. Il voit en Jésus le Messie, l’Envoyé du Père et il se prosterne alors que les Pharisiens, aveuglés par leur désir de condamner Jésus, s’enferment dans les ténèbres du refus de croire.

Voir, ici, c’est croire. Voir avec l’intime du cœur qui fait confiance.

Voir la Parole vivante, qui éclaire tout homme qui se laisse toucher et illuminer. Voir Jésus, Parole de Dieu, c’est entendre son appel à vivre. C’est la foi, lumière intérieure pour nos pas hésitants. C’est l’expérience de l’aveugle guéri :

« Crois-tu au Fils de l’homme ?

Qui est-il pour que je croie en lui ?      

Tu le vois, c’est lui qui te parle.

Alors il dit : je crois Seigneur. Et il se prosterna. »

Cette guérison est un signe et le grand débat qu’elle suscite annonce le procès de Jésus qui va plonger dans la nuit de la Passion et de la mort pour faire jaillir la lumière de Pâques.

Jésus nous voit dans notre misère. Il vient vers nous et nous propose la guérison de sa lumière. « Lumière née de la lumière » comme nous le disons dans le Je crois en Dieu, Jésus nous envoie à la source de Siloé, l’Envoyé, pour nous laver et renaître par le baptême et les autres sacrements. Ils nous font revivre pour aider nos frères en souffrance et dans la nuit.

St Paul dans la seconde lecture nous y encourage : « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera. »

Dimanche 16 mars 2017 - 2e dimanche de Carême - A – Mt 17, 1-9

Père Joseph Marty

« RELEVEZ-VOUS, N’AYEZ PAS PEUR ! »

Jésus marche vers Jérusalem et il vient d’annoncer qu’il va souffrir, mourir et ressusciter. Pierre ne l’accepte pas et Jésus le réprimande. Six jours plus tard, sur une haute montagne et à l’écart, devant Pierre, Jacques et Jean, Jésus est transfiguré. Son visage devint brillant comme le soleil. Les rois d‘Égypte ou de Versailles ont rêvé d’être des soleils ! Jésus, « Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière », manifeste l’éclat de sa divinité à ses intimes, avant de se livrer à eux dans la sueur de sang à son agonie.
Mystère de la splendeur divine qui se voile dans la chair humaine de Jésus et qui se dévoile, un instant, en Jésus transfiguré, éclatant de la lumière de Dieu.
Et Jésus est entouré de Moïse et Élie, deux grandes figures de l’Ancien Testament qui sont allés à la rencontre de Dieu, sur une haute montagne, après une marche de quarante jours (une sorte de Carême !) et qui maintenant rencontrent Dieu en Jésus. Accomplissement des Écritures et de l’Alliance. Quarante jours, pour travailler à laisser le Dieu vivant transfigurer notre vie.
Car les épreuves et les échecs nous les connaissons et comme Pierre nous voudrions les éviter. Nous voudrions que la résurrection nous épargne les souffrances et la mort. Jésus nous apprend à les traverser portés par la Parole du Père : « Celui-ci est mon Fils Bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le ». Oui, écoutons Jésus.
Écoutons-le quand il nous invite à ouvrir notre cœur au don de la vie et du pardon.
Écoutons-le quand il nous dit que la souffrance et la mort qui nous défigurent sont un passage vers la transfiguration de la résurrection.
Écoutons-le quand il annonce que tout geste d’amour et de partage est semence de vie, quand il nous apprend à contempler la face de Dieu invisible dans le visage du frère.
Une nuée lumineuse couvre les apôtres de son ombre et la voix du Père les remplit d’une grande frayeur et les jette à terre. Mystérieusement, lumière et ombre se rejoignent comme si la vie ne se laissait pas engloutir par les ténèbres mortelles. Alors Jésus remet les apôtres debout, les redresse dans l’espérance : il les touche et leur dit : « relevez-vous et n’ayez pas peur ! »
Il est possible que nous ayons des moments de grâce où la transfiguration nous émerveille. Réjouissons-nous. À d’autres moments c’est la peur ou le désespoir qui nous terrassent. Laissons la voix du Père nous demander d’écouter Jésus qui nous dit : « relevez-vous et n’ayez pas peur ! » Car le Père nous murmure comme à Jésus : « tu es mon enfant bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour. » Cette Parole est le soleil de Dieu qui transfigure nos nuits.

Dimanche 26 février 2017 - 8e dimanche ordinaire A – Mt 6, 24-34 (+ Is 49, 14-15)

P. Joseph Marty

Dieu est notre Père, pas l’argent

  Le « Père du ciel sait ce dont nous avons besoin » assure Jésus. C’est réconfortant face aux difficultés qui nous assaillent ! C’est parce que le Père nous aime que Jésus nous recommande : « Ne vous faites pas tant de soucis ». Il ne fait pas l’éloge de l’insouciance ni de la négligence ! Il nous ramène à l’essentiel en ne laissant pas l’argent devenir un maître inhumain, une idole meurtrière.

L’argent doit permettre des relations et des échanges humains. Le négliger ou le mépriser n’est pas la pauvreté à laquelle Jésus appelle. L’argent est nécessaire pour nous aider à bien vivre, à faire grandir les autres, à nous élever au-dessus des animaux ou des plantes. Pas à nous rabaisser à leur niveau !

Car nous sommes plus que des oiseaux ou des lis, dit Jésus. Comme eux, nous avons des besoins à assurer pour maintenir la vie : respiration, nourriture, protection. Et de plus, nous sommes habités de parole et de désir. Alors, l’amour, la culture, l’ouverture à la joie et au spirituel nous sont aussi nécessaires que l’eau et le pain.

Et pourtant ils sont nombreux les êtres humains qui en sont privés et sont moins considérés que des animaux. Le carême va nous rappeler le sens et l’importance du partage fraternel.

Aussi Jésus insiste sur le risque que fait courir l’argent s’il devient une idole qui nous dévore et nous rend semblables aux idoles, ces monstres nous dit le Psaume 115 « qui ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas » car elles n’ont pas de cœur. L’argent-idole enfante des idoles, des êtres réduits à l’animalité et même à la bestialité au lieu d’être à l’image de Dieu qui aime, parle et fait vivre.

Alors ne pas se faire tant de soucis, c’est redécouvrir que Dieu est notre Père. « Même si une mère pouvait oublier et ne pas chérir le fils de ses entrailles, moi, dit Dieu, je ne t’oublierai jamais » proclamait Isaïe dans la première lecture.

Et Jésus nous rappelle que « L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Avec le pain vital il faut le pain de la parole qui réjouit et nourrit tout l’être. Et toute parole vraie vient d’abord de la bouche de Dieu qui parle pour aimer et donner la vie jusque dans les épreuves et la mort.

Nos besoins vitaux doivent être respectés, mais nous valons bien plus que les animaux et les plantes. Le désir qui creuse le cœur transfigure nos besoins pour faire éclore une vie aimante victorieuse du mal et de la mort. Car notre désir vient du désir de Dieu qui nous enfante à sa propre vie. Cela nous repose de tous les soucis et nous fait dire avec le psaume : « Je n’ai de repos qu’en Dieu seul », le Père qui ne nous oubliera jamais.

Dimanche 12 février 2017 - 6e dimanche A – Mt 5, 17-37

Joseph Marty

L’esprit de la Loi

Voilà des propos de Jésus qui par leur exigence peuvent nous surprendre et nous décourager ! Mais Jésus définit un esprit plus que des conseils à prendre à la lettre car il sait que la lettre tue ou en tout cas peut nous rendre tous borgnes ou manchots, comme le dit avec humour un bibliste.

L’esprit fait vivre et Jésus invite à donner à la Loi toute sa dimension d’appel à bien vivre en frères.

Jésus n’est pas venu abolir la Loi mais l’accomplir, la perfectionner pour qu’elle soit réellement le guide d’un amour semblable au sien, un amour vibrant d’attention et de délicatesse. Il vient réaliser ce que Dieu annonçait par le prophète Jérémie : « Je mettrai ma loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur » (Jér 31, 33).

       Il ne s’agit pas seulement d’éviter le meurtre, l’adultère ou le conflit mais de renoncer à tout ce qui peut y conduire.

Par exemple, quand nous nous souvenons qu’un frère a quelque chose contre nous (pas si nous, nous avons quelque chose contre un autre !) Jésus nous propose d’aller d’abord nous réconcilier avant de porter notre offrande. Car le frère qui nous a blessé est souvent dans l’impossibilité, par peur ou par honte, de venir nous demander pardon. C’est alors à nous, la victime, de faire le premier pas pour engager la réconciliation. Notre démarche envers le frère agresseur va le libérer et nous conduire tous les deux à accueillir la paix.

De même quand Jésus veut que notre oui soit un oui et que le non soit un non, il nous invite à être vrais et clairs dans notre langage, sans sous-entendu ni mensonge ni faux semblant. Pas de ‘oui mais’ ni de ‘non peut-être’ !

       Autant d’appels à ne pas jouer avec la Loi pour être en règle avec la lettre tout en en détournant l’esprit. C’est fuir la perversion pour entrer en conversion. La perversion tord le langage, les mots, les gestes, le regard, l’écoute. Elle tord l’esprit qui devient mauvais. C’est faire du mauvais esprit. La conversion retourne le cœur pour que notre être devienne un être humain, un être qui parle en vérité et dont les attitudes sont humaines et rendent humains.

Jésus vit ainsi à la perfection, divinement, jusqu’à donner sa vie par amour. Il accomplit les Écritures et toute la Loi et peut mourir sur la croix en disant « tout est accompli ». C’est le salut offert par Jésus qui recrée en nous l’image de Dieu en nous rendant fils du Père, frère de Jésus et de tous les hommes.

Dimanche 29 janvier 2017 - 4e dimanche ordinaire A - Mt 5, 1-12

Joseph Marty

Le bonheur de Jésus est aussi pour nous

Les Béatitudes résonnent comme d’étranges paradoxes qui étonnent. Aussi, Jésus les confie à ses disciples et non à la foule ni à ceux qui souffrent ! Il faut donc les murmurer avec discrétion pour ne pas en faire des paroles révoltantes. Jésus révèle sa manière d’aimer qui le rend heureux : être un pauvre de cœur.

Car, celui qui a un cœur de pauvre et qui pleure, celui qui est doux, miséricordieux, bâtisseur de paix, affamé de justice, persécuté… c’est d’abord Jésus. Jésus qui traduit en mots et gestes humains le cœur de Dieu son Père, et qui en est heureux. Et du coup il annonce comment être heureux à la manière de Dieu. Dieu est riche de pauvreté, car il aime ! Aimer c’est se vider dans les larmes, se donner en douceur et en miséricorde.

Alors, Jésus décrit les multiples facettes de l’amour qui font reculer les assauts du mal et les forces de mort. Mais Jésus ne souhaite ni la souffrance ni la misère qui sont à combattre. Il faut bien l’entendre pour ne pas faire dire à Jésus ce qu’il ne dit pas.

Il révèle que, dans les larmes et dans la souffrance, on peut trouver un sens à la vie. Pas parce qu’on a mal ! Parce que Dieu est avec nous dans notre détresse. ‘Emmanuel’, ce n’est pas qu’un joli nom, il veut dire : Dieu avec nous !

Découvrir que Dieu est avec nous dans l’enfer ou l’horreur de nos vies, est une grâce, une merveille à contempler avec beaucoup de pudeur et de silence. Ceux qui le vivent peuvent en parler à la suite de Jésus et entendre qu’ils sont heureux.

Jésus l’a vécu dans sa Passion. Alors que tout lui crie qu’il est abandonné, il s’abandonne entre les mains du Père qui donne la vie même dans l’épreuve et la mort. C’est la foi de Jésus exprimée dans les Béatitudes. C’est le désir de Dieu offert à tout cœur désirant, sculpté par le manque, lavé par les larmes, patiné par la douceur et la miséricorde. Cette espérance retourne le désespoir et offre la paix.

Etre pauvre c’est recevoir d’un autre, de Dieu, le désir de vivre et d’aimer pour le transmettre.

Alors, le pauvre est doux, il pardonne, construit la paix, fait la justice. Il sait que tout pleur peut devenir larme de joie, chant de résurrection. Il est poreux à la grâce divine.

Laissons l’Esprit creuser en nous la pauvreté de cœur qui nous rend comme Jésus « doux et humble de cœur » (Mt 11, 29). Réjouissons-nous, nous vivrons les Béatitudes et nous les ferons rayonner.

Dimanche 15 janvier 2017 - 2e dimanche A – Jn 1, 29-34 + Is 49, 3-5-6

Joseph Marty,

L’Agneau de Dieu est sur la croix

Jean-Baptiste dit : « voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », et nous le disons avant la communion.

‘Voici’ indique celui qui est montré. Saint Jean l’utilise dans la Passion quand Pilate désigne Jésus : « Voici l’homme ». Dans Jésus supplicié nous sommes invités à voir l’homme véritablement Dieu qui avant de mourir dit à Jean « Voici ta mère » et à Marie « Voici ton Fils ».

Cette indication, que l’évangéliste Jean témoin de la mort de Jésus ne peut oublier, fait surgir la croix au baptême de Jésus avec la phrase « voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Oui, saint Jean nous fait comprendre que la croix est déjà présente au baptême de Jésus où il fait dire à Jean Baptiste : « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, c’est lui le Fils de Dieu ».

       Souvenez-vous, l’agneau de Dieu est l’agneau pascal de la nuit de la première Pâque des Hébreux, en Égypte, dont le sang sur leur porte les sauvait de l’Ange Exterminateur et leur offrait le passage de la Mer rouge vers la liberté en Terre promise.

En mémorial l’agneau pascal était sacrifié et mangé à chaque Pâque pour réactualiser cette libération. Et voilà que Jean-Baptiste affirme que désormais cet agneau c’est Jésus qui donne sa vie et son sang « versé pour nous et pour la multitude en rémission des péchés ».

C’est pourquoi saint Jean écrit que Jésus est mort à l’heure où on sacrifiait les agneaux pour la Pâque. Son dernier cri en croix rejoint celui des agneaux immolés et de son cœur jaillit le sang de la nouvelle alliance qui nous est offert dans l’eucharistie pour la rémission des péchés.

C’est la Pâque de l’Alliance nouvelle qui devient création nouvelle.

       À la première création l’Esprit planait sur les eaux pour les féconder par la Parole de Dieu. Au baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain, l’Esprit descend et demeure sur Jésus. À la croix Jésus rend au Père le souffle de l’Esprit et le donne à toute l’humanité.

Jean en est témoin et comprend tout le sens prophétique de la parole du Baptiste : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».

Jésus est le véritable Serviteur souffrant annoncé par Isaïe dans la première lecture, obéissant tel un agneau conduit à l’abattoir et qui donne sa vie comme un nouvel agneau pascal, « agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».

C’est le salut offert à l’humanité et auquel nous participons à l’eucharistie. Le péché et la mort n’ont plus le dernier mot. C’est pour nous et pour le monde source de joie et de liberté.

Aussi, toujours avec Isaïe nous pouvons dire : « j’ai du prix aux yeux du Seigneur. C’est mon Dieu qui est ma force. » C’est la Bonne Nouvelle. Alors, encore une fois : bonne année !

Dimanche 1er janvier 2017 - Sainte Marie Mère de Dieu - Lc 2, 16-2
Joseph Marty   
Marie et les bergers

Dans la lumière et la paix de de Noël, nous sommes avec les bergers pauvres et méprisés à qui les anges donnent le signe de la naissance du Sauveur : un nouveau-né emmailloté dans une mangeoire. Le Sauveur : un bébé sur la paille ! Déconcertant…

Dans l’Évangile, le signe ne donne pas la foi. Il confirme la foi déjà présente dans celui qui croit que la merveille du don de Dieu est possible.

Marie et Élisabeth comme Joseph, les Mages et les bergers le croient. Ils croient à la parole qu’ils entendent et, mis en mouvement, ils vont voir et se mettent à parler ! La Parole faite chair délie leur langue. Parce qu’ils ont accueilli le silence de la Parole-enfant qui se donne à manger dans la mangeoire de Bethléem, maison du pain… ils parlent ! Ils font connaître ce qui leur a été dit de l’Enfant-Dieu.

Plus que raconter comme une anecdote, ils « font connaître », et ce verbe chez st Luc et st Paul désigne une révélation divine.

Oui, les bergers incultes annoncent la Bonne Nouvelle, ils sont prédicateurs, évangélisateurs. Et le monde s’émerveille : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur. Paix sur la terre ! »

Au tombeau de Pâques, dans une autre grotte, des anges aussi annoncent à des femmes que Jésus est ressuscité, le Sauveur vivant. Et les femmes sont chargées de le faire connaître aux apôtres. Les petits, les pauvres, les méprisés croient en Jésus sauveur et annoncent la Bonne Nouvelle : Dieu offre sa paix à partager.

L’Évangile précise : « Marie retient ces événements et les médite en son cœur. » En silence. Sainte Marie, mère de Dieu fêtée aujourd’hui, accueille la Parole de Dieu en s’en faisant la servante, c’est-à-dire celle qui l’écoute pour en vivre. Elle donne chair à la Parole de Dieu et médite ces événements. Le verbe grec dit : elle les symbolise, les met en alliance, en relation. Elle voit déjà la mort et la résurrection, la vie offerte, la paix de Noël donnée à Pâques.

Plus tard Jésus dira que Marie, sa mère, est le modèle de tout croyant : « Heureux ceux qui comme elle écoutent la Parole de Dieu et la gardent. » Heureux ceux qui font de leur cœur une crèche, un berceau où la Parole de paix peut naître. Heureux ceux qui font de leur être une mangeoire où la Parole peut parler en silence, en gestes de paix. Heureux ceux qui comme Marie permettent aux petits et aux pauvres d’entendre la Bonne Nouvelle : pour nous sauver, Dieu apporte la paix et la joie, aujourd’hui, à nous et au monde entier. Alors, avec Marie, Joseph et les bergers de tous les temps nous nous réjouissons. Bonne année.

 

Dimanche 20 novembre 2016 - Xt Roi - C - Luc 23, 35-4
Père Joseph Marty 
Christ, le Roi qui ne nous oublie pas

Pour fêter la royauté du Christ, nous le contemplons crucifié.
La croix est son trône avec l’inscription : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs.
Il est Roi car il est « Fils de Dieu, image du Dieu invisible, premier-né d’entre les morts » nous dit st Paul dans la première lecture, et il meurt en paix, ouvert au Père et aux autres, sans révolte.
Jésus meurt les bras, les mains et le cœur ouverts, totalement ouvert par amour. C’est son amour qui nous sauve et non pas sa souffrance ! Il a le pouvoir divin et royal de refuser le miracle qui lui éviterait  de mourir.
D’ailleurs les témoins de sa mort, par trois fois, lui demandent de se sauver lui-même ! Trois dernières tentations de ne pas être vraiment homme !
Les chefs ricanent : « qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie ! »
Les soldats se moquent : « si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »
Le larron : « Sauve-toi toi-même et nous avec. »
Toujours la tentation avec le « si » qui dit la vérité sur Jésus – Messie – mais pour ne pas l’accepter.
« Si Dieu était tout puissant, il ne permettrait pas le mal. »
« Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à ces pierres de devenir du pain ! »
« Si tu es le Messie, sauve-toi ! » Mais Jésus, vrai Dieu et vrai homme ne veut pas fuir la souffrance et la mort.
Sa puissance divine le tient là où personne ne veut rester : dans la souffrance et la mort injustes. Jésus a le pouvoir royal de ne pas se sauver lui-même ! Son Père lui donnera de traverser la mort dans la confiance alors que tout lui montre qu’il est abandonné. Jésus meurt en remettant sa vie à son Père.
Alors, il règne sur la mort et il nous sauve. Nous le chantons : « Victoire, tu régneras ! O croix tu nous sauveras ! »
Le bon larron le perçoit : « Souviens-toi de moi quand tu viendras comme Roi. » Ne m’oublie pas !
Nous le disons à la messe : « Souviens-toi de nos défunts. Souviens-toi de ton Église, de nous tous… Ne nous abandonne pas. »
Nous exprimons notre confiance à Dieu qui nous tient en vie, même dans les épreuves et la mort. Et Jésus répond : « aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. »

Aujourd’hui, et tous les jours, Jésus, roi, nous donne la vie de Dieu pour vivre en fils du Père et en frères des hommes.

Dimanche 6 novembre 2016 - 32e dim. C - Lc 20, 27-38 + 2d M 7, 1-14 + 2 Th 2,16-3, 5
Père Joseph Marty
La résurrection transfigure notre vie

Pour prouver que la résurrection est absurde, des Sadducéens – qui ne croient pas en la résurrection – inventent cette histoire stupide d’une femme mariée sept fois. A la résurrection, de qui sera-t-elle la femme ?

C’est imaginer la résurrection comme le prolongement de la vie terrestre en se trompant sur ce qu’est la vie et la fécondité. Car si la femme épouse les frères de son mari, l’un après l’autre, c’est pour avoir des enfants et que, par eux, la vie ne se perde pas.

Nous pensons survivre dans les enfants, les créations artistiques, les entreprises diverses… Mais la vie est un don de Dieu que les parents ne font que transmettre.

L’amour des époux ou le travail des scientifiques pour des fécondations ne donnent pas la vie ! Dieu seul l’offre. La Bible en témoigne avec l’expérience magnifique d’Abraham et de Sarah ou des mères de Samuel et de Jean-Baptiste. Dieu a donné à ces stériles d’enfanter ! Et la vie n’est pas que terrestre ! Le Souffle de l’Esprit créateur la transfigure en vie spirituelle dans le passage éprouvant de la mort.

Dieu donne sa vie et sa fécondité à tous, que nous soyons mariés, célibataires, veufs, sans enfants, parents de famille nombreuse ou parents adoptifs. Tous, nous pouvons donner un peu d’amour et de pardon reçus de Dieu, qui nous font vivre et traverser les épreuves et la mort comme des nouvelles naissances. Comment cela se fait-il ? Nous ne le savons pas mais nous le croyons comme l’affirment pour la première fois en Israël les martyrs de la première lecture : « Dieu nous a donné l’espoir de ressusciter. »

La résurrection n’est pas une amélioration de la vie terrestre ni une réincarnation. Elle est accueil total et définitif de la vie de Dieu donnée sur terre en germe. En semence. Comme des arrhes. Les enfants s’émerveillent devant la germination de lentilles ou de haricots ! Quel rapport y a-t-il entre le grain semé et l’épi mûr ? Quelle ressemblance y a-t-il entre la vie d’un embryon ou d’un fœtus et la vie d’un adulte ? Le petit admiré dans l’échographie peut-il imaginer sa vie après la naissance ? De même, nous ne pouvons imaginer notre vie de ressuscités, transfigurée par le Souffle du Dieu vivant.

Dans le monde ressuscité il n’y aura plus de mari et de femme car les relations d’amour seront magnifiées de vie nouvelle. Nous serons comme des anges chantant la gloire de Dieu, joie de vivre de la vie reçue de Dieu et que, dès maintenant, nous accueillons et travaillons avec amour à faire fructifier jusqu’à l’heure de notre résurrection. En attendant, comme nous le rappelle st Paul dans la lecture de ce jour : « Dieu nous a donné pour toujours réconfort et joyeuse espérance. »

Dimanche 23 octobre 2016 - 30e dimanche - C - Lc 18, 9-14

Père Joseph Marty

Oser demander à Dieu le pardon

Avec cette parabole Jésus nous apprend à nous reconnaître pécheurs pour demander à Dieu son pardon comme au début de chaque eucharistie. Aussi il décrit deux manières opposées de prier : l’une orgueilleuse où nous nous élevons nous-mêmes ; l’autre, humble, où Dieu nous élève en nous pardonnant.

Les publicains accablaient le peuple d’impôts pour l’ennemi. Voleurs, riches et traîtres ils étaient mal-aimés et pécheurs publics car l’argent romain portait l’image de l’empereur comme un dieu. Mais certains se sont convertis à l’appel de Jésus comme l’apôtre Matthieu ou Zachée.

Les pharisiens étaient de bons pratiquants respectueux de la loi et honnêtes comme saint Paul, mais certains hypocrites se donnaient en spectacle et se vantaient en méprisant les autres.

Aussi Jésus adresse cette parabole à « certains qui étaient convaincus d’être justes parce qu’ils respectent la loi et qui méprisaient tous les autres » qui, à leurs yeux, ne sont pas justes.

Jésus dénonce la prière qui proclame mes bonnes actions  et dit « Je ne suis pas comme les autres… » ! Même si c’est exact, je ne suis pas juste pour autant car je ne me reconnais pas pécheur alors que je méprise les autres.

Ce pharisien s’admire. Il se place devant la Loi pour s’y contempler comme en un miroir et se comparer aux autres. Nous savons aussi le faire !

Le publicain, à distance, les yeux baissés, se frappe la poitrine et demande pardon à Dieu : « prends pitié du pécheur que je suis. » Il désire renaître grâce au don de Dieu, don toujours premier et qui suscite même nos gestes de bonté, de pardon, de louange.

Car si prier c’est louer Dieu, c’est aussi demander ce que l’on n’a pas, comme la paix du pardon qu’on ne peut mériter mais accueillir avec joie.

Le pharisien s’élève en énumérant ce qu’il fait pour Dieu. Le publicain s’abaisse en murmurant ce que Dieu peut faire pour lui par son amour miséricordieux. C’est aussi notre prière quand nous laissons l’Esprit de Jésus implorer le Père en nous, pour nous et pour les autres.

Les prières de ce pharisien et de ce publicain habitent en nous comme le bon grain et l’ivraie. Saint Paul lui-même reconnaît que son cœur est double et déchiré de contradictions. Mais Dieu est miséricorde. Et quand il nous est impossible ou difficile de prier, il nous reste humblement à demander à Jésus, comme les disciples : « Seigneur apprends nous à prier » (Luc 11, 1). Et accueillant le don de Dieu, osons demander, comme des enfants, sans peur ni orgueil : « Père, notre Père, pardonne-nous » c’est-à-dire donne-nous de vivre de ta vie.

INSCRIPTIONS AUX FORMATIONS

Cycle d’initiation en théologie – Cycle d’approfondissement Cours de langues bibliques – Conférences