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CROYANTS EN DIALOGUE

Enjeux et défis pour aujourd’hui

 

Session en 2 journées ouverte à tous

 

Les vendredi 2 février et samedi 3 février, le Centre théologique Ramon Llull proposait une session sur le thème « Croyants en Dialogue « . Dans le cadre du cursus universitaire du Centre, cette session à l’initiative de Mgr Pierre Debergé, Modérateur des études, était ouverte aux auditeurs libres. Elle accueillit un public très nombreux et divers. Mgr Norbert Turini, en présence des responsables des communautés religieuses juives et musulmanes ouvrit cette session invitant les croyants à l’unité par la prière, la charité, la fraternité. 

Après les interventions de M. Halimi et Mme Samia Selmani témoignant de leur pratique religieuse et leur chemin de foi à travers le judaïsme et l’islam, le P. Joseph Tsanang proposait un exposé sur les « Religions africaines ». Le public fut invité à partager les crêpes de la chandeleur avant d’assister à la projection du film « D’une seule voix » commenté par le P. Joseph Marty.

Le lendemain, Mgr Pierre Debergé proposa un commentaire des textes du Magistère sur la question de l’interreligieux. Suivirent les interventions de M. Nègre, président de l’amitié interreligieuse du Roussillon, du P. Jean-Baptiste Blondeau quant aux réalités vécues sur le terrain des diverses orientations de ce dialogue interreligieux. Moments de convivialité alternant avec les conférences, ce fut pour ce large auditoire, au-delà de la qualité des interventions, un intense moment de partage magnifiquement coordonné par toute l’équipe de direction du Centre théologique.

 

Intervention de Mgr Norbert TURINI

Chers amis, C’est à moi que revient l’honneur de vous accueillir dans notre Maison Diocésaine pour cette session « Croyants en Dialogue – Enjeux et défis pour aujourd’hui », organisée par le Centre Théologique Ramon Llull, Service diocésain de formation théologique et Antenne de l’Institut Catholique de Toulouse.

C’est une joie de vous voir si nombreux et un encouragement pour l’équipe du Centre qui a préparé cette session avec passion, j’en suis témoin.
C’est un honneur pour nous Monsieur Jean-Marc Pujol, maire de Perpignan, de vous compter parmi nos invités. Merci d’avoir pu vous rendre disponible pour cette rencontre. Je sais combien vous êtes attentif aux relations entre les religions dans vos responsabilités d’élu. Vous en mesurez l’importance pour un vivre ensemble harmonieux. Soyez le bienvenu. Je vous remercie également Madame Chantal Gombert, maire du quartier ouest de Perpignan pour votre présence et votre soutien. Je remercie Monsieur Parra, premier adjoint qui nous rejoint ce soir, certes comme élu, mais aussi comme étudiant de notre Centre théologique.

Je tiens à saluer fraternellement le Docteur Salim Bencheikh Président du collectif des musulmans de Perpignan. Tout récemment, cher Salim, nos deux communautés catholique et musulmane se sont unies dans la peine et dans la prière pour accompagner les familles des 6 collégiens victimes du tragique accident de Millas.  Parmi elles, Younas de confession musulmane. Je pense ce soir à lui et à sa famille ainsi qu’à ces 5 camarades.

Le dialogue interreligieux se vit aussi quand nous portons ensemble les peines et les chagrins qui nous touchent respectivement et qu’ainsi la douleur des uns devient la douleur des autres.  C’est ce que nous avons vécu durant cette terrible tragédie.

Je remercie également tous les intervenants qui ont accepté d’animer cette session. Ils vous ont été présentés. Je dois excuser Monsieur le Grand Rabbin Mordekhaï Bensoussan qui m’a fait savoir qu’en raison du Chabbath, il ne pouvait être des nôtres ce soir et j’accueille fraternellement Maître Daniel Halimi Président de la Communauté Israélite de Perpignan. Daniel et Salim soyez les bienvenus. Merci à Madame la Pasteure Nicola Kontzi-Meresse pour sa présence. Nous venons de vivre ensemble une belle de semaine de prière pour l’Unité des Chrétiens.

Le Pape St Jean-Paul II portait cette certitude que la paix passe par le dialogue entre les religions. C’est la raison pour laquelle, il a invité tous les chefs religieux à Assise, voici un peu plus de 30 ans.  Cet élan qu’il a donné, ses successeurs l’ont maintenu.

Désormais, le dialogue interreligieux fait partie de la mission de l’Eglise. Benoît XVI et François, l’ont inscrit l’un et l’autre dans leur pontificat.

Le Pape François, vous avez la citation à l’intérieur du dépliant, rappelle comme le fit son prédécesseur Jean-Paul II que « Ce dialogue interreligieux est une condition nécessaire pour la paix ». Evangélii Gaudium § 250.  C’est, je le crois, un sentiment commun que nous partageons et un défi permanent que nous relevons : Juifs, Chrétiens et Musulmans.

Il y a quatre points qui pour moi permettent ce dialogue :

  • La rencontre,
  • La prière,
  • La fraternité,
  • La charité.

D’abord la rencontre : nous gagnons toujours quand nous faisons tomber les murs qui nous séparent et que nous jetons des ponts entre nous pour nous connaître, nous comprendre mutuellement, nous respecter, nous parler, nous accueillir avec nos différences mais, qui, unit ensemble, forment de vraies richesses. Nous avons eu l’occasion d’en témoigner en nous mobilisant très rapidement comme cela s’est fait lors des évènements tragiques de Charlie Hebdo et du Super Cacher, et l’assassinat du Père Hamel. C’est un beau signe visible de communion que nous offrons là. Nous nous faisons ainsi compagnons de route engagés dans l’aventure humaine et religieuse de nos contemporains.

Ces rencontres, me semble-t-il concernent, non seulement les responsables religieux, mais l’ensemble des croyants et je veux saluer ici le travail de l’Association A.I.R (Amitiés interreligieuses du Roussillon) qui avance dans ce sens en cherchant les chemins de dialogue qui permettent ce rapprochement et ce partage entre tous. Car, il ne faut pas l’oublier, ce ne sont pas les religions qui dialoguent entre elles, mais des croyants.

Le temps que nous prenons aussi pour nous visiter les uns les autres au moment des grands évènements et fêtes de nos communautés, les liens personnels que nous tissons, soulignent notre recherche et notre désir du meilleur vivre ensemble.  Un dialogue interreligieux qui ne se contenterait que de discours et ne poserait jamais d’actes concrets de rencontres et de solidarité, n’irait pas très loin.

Ensuite, la prière : St Jean Paul II disait à Assise : « nous ne pouvons pas prier ensemble mais nous sommes ensemble pour prier ». La prière du dialogue interreligieux, c’est de prier les uns pour les autres et de demander la PAIX.  

Je crois de toutes mes forces que le dialogue entre les religions doit construire des hommes et des femmes de PAIX. Que le Tout Puissant auquel nous nous adressons, nous aide et nous apprenne à vivre en paix déjà entre nous, à la rechercher inlassablement, à l’établir dans nos communautés respectives, à la faire grandir dans le cœur de chacun, à commencer par le nôtre. C’est là que nous découvrons que la Paix est un don du Très Haut, parce qu’Il est un DIEU de PAIX, et que c’est une folie meurtrière de tuer en SON NOM, c’est renier Celui qu’il est réellement.

Nous avons à nous stimuler Juifs, chrétiens, musulmans, en nous interpellant entre nous : Pries-tu assez pour demander la PAIX ?

Pour les croyants que nous sommes ce n’est pas une option, mais une nécessité. C’est sur la prière pour la PAIX que se construit le dialogue interreligieux, sans elle, il devient discussion et pur bavardage. « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu » nous dit Jésus dans les Béatitudes. Nous sommes reconnus comme ses Fils qu’à la condition de construire la Paix. 

La fraternité : Le dialogue interreligieux ne consiste pas simplement à nous tolérer, mais il est un chemin qui conduit à la rencontre de l’autre dans un esprit fraternel. Chaque grande religion a une dimension universelle qui la tourne vers les autres. Elle est à la fois un chemin de transcendance et en même temps une route qui conduit à l’autre. C’est en ce sens qu’elle emprunte la voie de la fraternité. Quand une religion se ferme sur elle-même et n’est plus ouverte à la fraternité, elle tombe dans le communautarisme et risque de sombrer dans la violence.

« Ensemble, disait le Pape François lors d’une Conférence sur la Paix, Ensemble, affirmons l’incompatibilité entre violence et foi, entre croire et haïr » et il appelait de tous ses vœux « que se lève le soleil d’une fraternité renouvelée au nom de DIEU et que jaillisse de notre terre une civilisation de la paix et de la rencontre ».

La charité : le dialogue interreligieux inclus la charité. Ce qui le rend crédible, c’est l’amour que nous avons les uns pour les autres, l’attention mutuelle que nous nous portons.  « Si je n’ai pas l’amour, disait St Paul, je ne suis rien ». Ce dialogue entre nous n’est pas seulement un appel à nous fréquenter mais il va plus loin, il est un appel à nous aimer. Aimer c’est vouloir le bien, le bonheur de l’autre. Un vrai dialogue interreligieux doit nous faire du bien et nous rendre heureux. Si nous ne le ressentons pas ainsi ce n’est pas un dialogue en vérité. Si nous le ressentons vraiment, c’est qu’il y a l’amour par-dessus tout et nous le savons l’amour vient de DIEU.

Nous le savons aussi, la charité est un service, celui des plus petits, des plus faibles. Le dialogue interreligieux ne relève pas de la mondanité. Il ne doit pas oublier les pauvres, celles et ceux qui sont dans la misère. Il doit nous rendre capable de les défendre, de dénoncer les injustices et les inégalités qui les accablent, les persécutions inacceptables dont certains sont l’objet. Le souci de celui qui n’a rien, de celui qui est rejeté, exclu de l’étranger et l’obligation d’en prendre soin sont inscrits dans nos textes sacrés. Le dialogue interreligieux contribue à la promotion et au respect de la dignité humaine.

La rencontre, la prière, la fraternité et la charité me semble, aujourd’hui dimensions incontournables pour un dialogue interreligieux vécu dans la vérité, l’écoute et l’accueil mutuel. Il est un service rendu non seulement à nos familles religieuses, mais à toute l’humanité. Je vous remercie.